Diagnostiquer le DoIP : l’Ethernet auto ne se sonde pas comme un CAN
Le technicien pose ses sondes sur ce qu’il croit être un CAN et ne voit rien d’exploitable : pas de 2,5 V au repos, pas de dominant à 2 V. Normal. Sur ce véhicule, le diagnostic passe par le DoIP, c’est-à-dire par de l’Ethernet automobile. Et l’Ethernet ne se sonde pas comme un bus CAN.
DoIP, en une phrase de diag
- DoIP (Diagnostics over IP, norme ISO 13400) fait passer le diagnostic UDS non plus sur CAN mais sur IP, au-dessus d’Ethernet automobile. Le calculateur devient une adresse réseau qu’on interroge par paquets.
- Physiquement, c’est du 100BASE-T1 ou du 1000BASE-T1 : une seule paire torsadée, full duplex, avec une phase de link training à l’établissement de la liaison. Rien à voir avec les deux fils asymétriques d’un CAN.
- On y accède par la prise OBD (des broches dédiées à l’Ethernet) et, entre calculateurs, par des liaisons T1 directes. Le brochage de la prise n’est plus seulement CAN — voir le brochage de la prise OBD.
Pourquoi le scope perd la main
- Sur 100BASE-T1, le signal est différentiel de faible amplitude, codé (PAM3), émis simultanément dans les deux sens sur la même paire. Il n’y a pas de « bit dominant » lisible à l’œil : un scope ne montre qu’une bouillie haute fréquence.
- Le lien ne s’établit qu’avec un partenaire : sans PHY en face pour négocier, la ligne reste inerte. On ne « pique » pas un DoIP comme on pique un CAN pour voir passer des trames.
- Le bon outil n’est plus l’oscilloscope mais l’analyseur réseau : capture de paquets, vérification de la liaison, lecture des adresses et des ports.
- Une paire T1 se teste comme une paire Ethernet, pas comme un bus : continuité de chaque brin, absence d’inversion de paire, longueur et impédance. Un réflectomètre localise une coupure sur la paire là où le scope ne montre rien.
Ce qu’on vérifie concrètement
- La liaison physique : le lien Ethernet monte-t-il ? Un testeur T1 ou l’interface de diagnostic indique si le PHY négocie et si le lien est établi. Pas de lien, pas de diagnostic — on remonte au câble et aux connecteurs.
- Le témoin de lien : beaucoup d’interfaces de diagnostic affichent un état « link up » dès que la paire T1 négocie. Pas de link up, on ne va pas plus loin : c’est le câble, le connecteur ou le PHY, pas le logiciel.
- L’adressage : le DoIP fonctionne par découverte. L’équipement ouvre un échange sur le port 13400 (UDP pour l’annonce et la découverte du véhicule, TCP pour la session de diagnostic). Un problème d’adresse ou de routage bloque tout sans qu’aucun fil ne soit coupé.
- La session : une fois la liaison établie, c’est de l’UDS classique par-dessus IP. Un refus se lit comme sur CAN, avec ses codes — voir lire un refus UDS.
Le changement de réflexe
- On ne cherche plus un niveau, on cherche un lien. La question n’est plus « le bus a-t-il le bon différentiel ? » mais « la liaison Ethernet est-elle montée et l’adresse répond-elle ? ».
- Les pannes migrent : connecteurs T1 sensibles, appairage de paire, PHY qui ne négocie pas, routage interne via une gateway qui fait aussi office de commutateur. La couche physique reste reine, mais elle se teste avec d’autres instruments.
- La sécurité s’en mêle : le DoIP ouvre la porte à des diagnostics à distance et impose souvent une authentification. Un accès refusé n’est pas une panne réseau mais un verrou — encore une raison de ne pas chercher un défaut de fil.
Face à un véhicule DoIP, ranger l’oscilloscope : ici la panne n’est pas un niveau à lire mais une liaison Ethernet à établir et une adresse à joindre — le diagnostic se fait à l’analyseur réseau, pas à la sonde.
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