Le filtre à particules essence (GPF) : pourquoi l'injection directe l'a rendu indispensable
Un problème que l'essence ne connaissait pas
Pendant des décennies, le moteur essence à injection indirecte a été quasi exempt de particules : le carburant, injecté dans la tubulure, disposait de tout le temps d'admission et de compression pour s'évaporer et se mélanger. L'injection directe a changé la donne. Injecté à 100-350 bar directement dans la chambre, quelques millisecondes avant l'allumage, le carburant n'a plus le temps de former un mélange parfait. Résultat : des zones localement riches, du carburant qui mouille le piston et les parois, des dépôts sur le nez d'injecteur qui déforment les jets. Chaque poche riche et chaque film liquide brûle en diffusion et produit de la suie — exactement le mécanisme qu'on croyait réservé au diesel.
Petites, nombreuses, invisibles
Les particules essence sont plus fines que les particules diesel : typiquement 10 à 100 nanomètres. En masse, presque rien ; en nombre, énorme. C'est tout l'enjeu sanitaire : les ultrafines pénètrent au plus profond des voies respiratoires. La réglementation a donc basculé de la masse (PM) vers le nombre (PN). Euro 5b a d'abord imposé une limite de masse de 4,5 mg/km à l'injection directe essence ; Euro 6b lui a accordé une tolérance transitoire à 6×10^12 particules/km ; depuis Euro 6c (2017-2018), la limite est 6×10^11 particules/km, la même que pour le diesel — et elle se vérifie aussi sur route dans le cadre du RDE. C'est cette combinaison qui a généralisé le GPF (Gasoline Particulate Filter, OPF outre-Rhin) entre 2017 et 2019 sur les essence à injection directe.
Anatomie d'un GPF
Comme un FAP diesel, le GPF est un monolithe wall-flow : des canaux bouchés alternativement à une extrémité, qui forcent les gaz à traverser des parois poreuses en cordiérite où les particules restent piégées. Efficacité de filtration : 60 à 90 % à l'état neuf, davantage une fois qu'une fine couche de suies et de cendres tapisse les parois et affine la porosité apparente. Deux implantations existent : accolé au catalyseur, près du turbo, ou en position sous plancher. Beaucoup de GPF portent en plus une imprégnation trois voies — on parle alors de catalyseur quatre voies — qui prolonge le travail du catalyseur trois voies. La contre-pression ajoutée reste modeste à l'état propre : quelques dizaines de millibars à fort débit, sensiblement moins qu'un FAP diesel, car la charge en suies d'un moteur essence sain se compte en grammes, pas en dizaines de grammes.
Vivre avec un GPF
Le filtre se nettoie essentiellement tout seul — la mécanique de cette régénération passive mérite sa propre fiche. Ce qui ne part jamais, ce sont les cendres : résidus incombustibles issus des additifs de l'huile, qui s'accumulent sur toute la durée de vie et finissent par occuper une partie du volume. C'est pour les contenir que les huiles Low SAPS ne sont plus une affaire de diesel : la plupart des préconisations essence modernes en dépendent aussi. La surveillance repose sur un modèle de charge embarqué, recoupé sur certaines applications par un capteur de pression différentielle.
Le regard du reprogrammateur
Un Stage augmente le débit massique et la température d'échappement : le GPF d'origine, dimensionné avec de la marge, encaisse un Stage 1 sans difficulté à condition que les stratégies thermiques et les fenêtres de régénération restent en place. Deux réflexes de validation : contrôler la contre-pression — mesurée ou modélisée — à haut régime au datalog, et vérifier que la consommation d'huile est saine, car c'est elle qui fabrique les cendres. Le levier de performance se situe dans la qualité du réglage.
Toute intervention sur un système de dépollution doit respecter la réglementation en vigueur dans le pays où circule le véhicule.
Voir aussi la régénération du GPF et le diagnostic de la dépollution par ses propres données.
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