Cartes de base et cartes de correction : additif, multiplicatif, sélecteur
Une idée fausse tenace veut qu'à chaque grandeur corresponde une table. En réalité, la valeur qu'applique le calculateur est presque toujours le résultat d'une base retouchée par une pile de corrections. Comprendre comment ces couches se combinent est indispensable pour ne pas conclure trop vite en lisant une seule carte.
La base porte le cas nominal
La carte de base décrit le comportement dans les conditions de référence : moteur chaud, carburant conforme, altitude au niveau de la mer, aucune protection active. C'est le squelette. Prise seule, elle dit ce que le calculateur voudrait faire — pas ce qu'il fait à l'instant observé.
Les trois façons de corriger
Une correction se combine à la base de trois manières, qu'il faut distinguer parce qu'elles ne se lisent pas pareil.
L'additif. La correction s'ajoute ou se retranche, dans l'unité de la base. Un retrait d'avance de trois degrés, un décalage de consigne de rampe, une correction de richesse en pourcentage qui s'additionne. Une valeur additive tourne autour de zéro au repos : zéro veut dire « aucune correction ».
Le multiplicatif, ou facteur. La correction est un coefficient qui multiplie la base. Un facteur d'enrichissement, une correction de densité d'air, un rendement. Une valeur multiplicative tourne autour de un au repos : un veut dire « base inchangée », 1,15 veut dire « base majorée de 15 % ». Confondre le repos d'une correction multiplicative — un — avec celui d'une additive — zéro — mène à des lectures absurdes.
Le sélecteur. La correction ne dose pas : elle remplace. Selon une condition — phase de démarrage, régénération, mode de conduite — une table entière se substitue à la base. L'avance de démarrage remplace l'avance normale ; une carte de repli plus prudente remplace la carte optimale quand le calculateur soupçonne un mauvais carburant. Ce mécanisme rejoint la logique des drapeaux de calibration.
L'interpolation entre deux cartes
Cas intermédiaire, fréquent et élégant : le calculateur ne bascule pas d'un coup d'une carte à l'autre, il interpole entre les deux selon un indice continu. Deux cartes d'avance, l'une optimale, l'autre prudente, mélangées selon un indice de qualité de carburant appris en roulant ; deux calages, mélangés selon la température. Le résultat n'est jamais l'une ni l'autre, mais un point entre les deux. Lire une seule des deux cartes ne dit alors rien du comportement réel.
La pré-commande et la correction de boucle
La même logique gouverne le pilotage des actionneurs, mais dans le temps. Une régulation combine presque toujours deux termes :
- une pré-commande — un terme d'anticipation tiré d'une table — qui place l'actionneur à peu près au bon endroit immédiatement ;
- une correction en boucle fermée qui rattrape l'écart résiduel entre la consigne et la mesure.
La pré-commande donne la réactivité, la boucle donne la précision. Sur la suralimentation, la pré-commande place la décharge ou la géométrie variable, la boucle affine — voir consigne et limite de suralimentation et la commande PWM. Une pré-commande fausse fait osciller ou dépasser ; une boucle saturée révèle une pré-commande hors sujet.
Un dernier point, souvent négligé : ces couches s'appliquent dans une séquence figée par le logiciel — base, corrections d'ambiance, corrections apprises, puis pré-commande — et l'ordre compte autant que les valeurs. Une même correction placée avant ou après une saturation ne donne pas le même résultat, ce qui explique des écarts que la lecture des seules tables ne laisse pas prévoir.
Lire la bonne couche
De là découle la méthode d'analyse. Devant un comportement, la question n'est pas « que dit la base ? » mais « quelle couche a bougé ? ». Trois cas typiques :
- La base est nominale, mais une correction additive s'accumule : le calculateur compense quelque chose de physique. Une correction de richesse qui grimpe en permanence n'accuse pas la calibration, elle signale une dérive — voir plus bas et surtout les corrections apprises de la mémoire d'adaptation.
- Un sélecteur a basculé : le comportement change franchement, sans transition, parce qu'une autre table a pris la main. Une avance très retardée juste après un démarrage à froid, par exemple, est une stratégie d'amorçage du catalyseur, pas un défaut.
- Une pré-commande est fausse : l'actionneur chasse sa cible, la boucle travaille en permanence, la grandeur oscille.
Ce que le reprogrammateur en retient
D'abord qu'une carte de base n'est jamais le dernier mot : au-dessus vivent des corrections qui peuvent la dépasser largement, comme le montre l'exemple de l'avance, où la valeur appliquée s'écarte fortement de la base. Ensuite que le repos d'une correction dépend de sa nature — zéro pour un additif, un pour un facteur. Enfin que la couche qui explique un comportement se lit en roulant, dans un datalog qui montre la base, la correction et le résultat ensemble, bien plus que dans un éditeur figé. La décision de retoucher l'une de ces couches, elle, reste au motoriste, qui connaît leur enchaînement complet.
Voir aussi les cartographies d'avance, les corrections d'ambiance et reconnaître les familles de cartographies.
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